Du théâtre par vidéo

Le nouveau confinement et la fermeture d’école ont sonné comme un coup de massue pour mes cours. Passé le premier moment de sidération, je décide en concertation avec mes équipes de faire travailler les élèves par vidéo. Notre spectacle est déjà prévu : le texte est choisi, la distribution est faite, nous avons dessiné les personnages, parcouru les textes, expérimenté des mises en jeu. Ce sera l’occasion de faire un travail pointu sur l’entrée des personnages, bien les caractériser (démarches, attitudes, mimiques), les faire vivre et jouer les premières répliques. Cela permet de travailler l’articulation, la ponctuation, l’intonation. Finalement, cela crée la possibilité de faire travailler chacun de manière plus précise et de pouvoir faire des retours individuels.

Le retour des élèves est globalement enthousiasmant : ils s’investissent, trouvent du plaisir et s’engagent dans leur jeu à travers la vidéo. Certains ont un costume, d’autres un accessoire qui les soutiennent dans leur jeu. Le plaisir est manifeste et même si le texte n’est pas toujours su, que l’articulation n’est pas toujours bien maîtrisée, ils ont presque tous fait un effort pour chercher leur personnage. L’un marque les trois coups, un autre travaille ses mimes avec beaucoup de sérieux et d’humour à la fois, alors qu’un autre emploie un ton ironique très juste pour son texte. Nous sommes donc en bonne voie ! Je leur propose donc un retour individuel et de reprendre mes propositions afin de se filmer une nouvelle fois. Je les interroge sur l’intention de leurs actes, le choix du regard et de l’adresse. Je mets l’accent sur l’importance des silences et des pauses entre plusieurs phrases ou intentions différentes.

J’attends avec impatience de découvrir leur progrès et de voir leur nouvelle prestation.

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Une séance de masque neutre

Aujourd’hui, nous nous retrouvons en réel, après plusieurs semaines à distance. Comme je ne sais pas pour combien de temps ce sera possible, je décide de profiter au maximum de cette opportunité. On ne saisit que mieux la valeur d’être ensemble et de partager.

J’avais prévu de travailler sur des textes mais je change mon fusil d’épaule et décide d’expérimenter avec eux le masque neutre. On troque donc nos masques sanitaires pour des masques neutres, ce qui n’est pas désagréable. Les jeunes commencent d’ailleurs par comparer ce que cela fait comme différence avec le masque sanitaire…Ce sont des masques blancs qui permettent de travailler sur la disponibilité, l’écoute, l’ouverture. Ils agrandissent les gestes, donnent de l’amplitude au corps et permettent de faire attention à la portée de chaque geste. Il n’y a plus de psychologie, ni de personnage. L’objet de la séance est donc un travail du corps important.

Les jeunes commencent par observer les masques, les mettre et déambuler dans l’espace pour voir ce que cela produit sur soi et sur les autres. Regarder et être regardé en somme, ce qui est déjà beaucoup. Ils sont à la fois amusés et un peu effrayés par ce masque.

On travaille ensuite sur les états et émotions avec les masques. Comment un petit geste, un mouvement peut créer l’état ou l’émotion ? Comment chaque corps parle différemment ? Comment chacun est unique pour exprimer un langage ? Un groupe fait, l’autre observe. Nous échangeons. Ce masque les perturbe, les bouscule mais il transforme et cela fait du bien. On essaie, on tâtonne, on est dans l’expérience.

Nous réalisons ensuite plusieurs improvisations par deux et ce qui est extraordinaire, c’est qu’avec les mêmes consignes, chacun a une façon différente de comprendre, de donner, de vivre l’expérience. Ils s’en rendent compte dans leur retour et apprécient aussi la place de spectateur, de recevoir ce que leurs camarades leur donnent.

J’insiste sur la question du jugement dans la reprise. Il n’y a pas tellement de « c’est bien » ou « ce n’est pas ça ou pas bien » mais plutôt des observations sur les corps différents, la notion du temps (qui n’est pas la même du côté des spectateurs et du côté des comédiens), du plaisir éprouvé en tant que comédien et ressenti par les spectateurs, de la précision des gestes.  

Une très belle séance où chacun a joué le jeu d’essayer ! Nous continuerons à approfondir le masque neutre.

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Une séance d’improvisation

Après quelques cours à distance dans ce groupe (ils sont 8, 7 filles et un garçon qui sont volontaires pour faire du théâtre le soir après l’école), nous reprenons ensemble en réel ! Nous sommes tous très heureux de nous revoir en vrai !

Après quelques échauffements, déplacements dans l’espace et exercices de cohésion, nous voilà au cœur de la séance. Aujourd’hui, nous travaillons des improvisations pour se remettre en jambes.

Une série d’improvisations sans paroles, puis une série avec. Je redonne les grandes règles d’une improvisation : accepter la proposition de l’autre, avoir du rythme, trouver une fin, équilibrer la parole, … Je redécouvre avec plaisir comment chacun comprend les consignes et fait avec sa personnalité.

La deuxième série est une improvisation autour de l’horoscope : une personne est la voyante qui fait des prédictions, l’autre est dans la position d’écoute et réagit aux prédictions. Certains trouvent plus difficile de verbaliser, d’autres non. Une improvisation est très calme, il se passe peu de choses, une autre est pleine d’énergie et part un peu dans tous les sens. Je leur fais observer les différences, constater ce qui marche, quand notre écoute est pleine, quand il faut poursuivre et tirer le fil. Ils ont tous envie de jouer, d’essayer, cela fait plaisir à voir.

Ils ont besoin de s’exprimer, de partager, de vivre des émotions et d’autant plus en ce moment où les libertés sont restreintes. C’est tout cela que le théâtre permet !

Nous continuerons sur d’autres thèmes les prochaines fois avant d’attaquer le texte…

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Une journée de spectacle

Dans ce groupe, j’ai 12 élèves de 5eme, 10 garçons et 2 filles : une classe entière. C’est un projet d’école. Ils sont plein d’énergie : une énergie tantôt positive, pleine d’enthousiasmes, d’envies et de propositions, tantôt négative qui mène à la dispersion et aux conflits. Il faut donc jongler et canaliser cette énergie.  

Nous avons travaillé 4 mois ensemble (en présentiel, quelle chance, en ce moment !) pour découvrir lors d’échauffements, d’improvisations, de la découverte du clown et du masque neutre, quelques facettes du théâtre. Nous avons aussi travaillé deux scènes de gares comiques pour les mettre en scène avant les vacances de noël.

Initialement, nous devions les jouer devant toute l’école et les parents, dans une grande salle qui sert aussi de cantine, mais finalement covid oblige, ce sera entre nous. La salle de la cantine n’est plus disponible, nous changeons notre fusil d’épaule et jouerons dans une petite salle plus intimiste devant le groupe CM2-6eme-5eme.

Le Jour J, je vais installer un grand tissu et une guirlande de lumière sur le mur du fond pour créer une scène. Nous inventons avec les moyens du bord. Cela rend plutôt bien mais il faut espérer que cela tienne…

J’apprends qu’un jeune est malade ! Zut ! Trouver une solution, s’adapter aux imprévus ? Gentiment deux élèves se proposent pour le remplacer au pied levé mais ne connaissent pas son texte. On débat, puis on choisit. L’élève gardera son texte en main pour la scène, ce n’est pas parfait mais je suis soulagée que l’un d’eux accepte.

Les jeunes se mettent en costumes (choisis et élaborés ensemble) et prennent leurs accessoires. Nous allons dans la salle pour se remettre en tête les entrées et sorties, déplacements. Nous installons les coulisses et j’essaye d’insister sur l’importance du silence dans les coulisses afin de laisser les acteurs jouer en toute sérénité. Je les rassure sur leurs capacités et tente d’apaiser leurs angoisses de dernière minute. C’est bien normal d’avoir le trac. On sent une certaine excitation et une ébullition ! Je ne peux plus rien maintenant, je m’efface devant mes petits comédiens. Il n’y a plus qu’à… J’aurai aimé disposer d’un peu plus de temps pour faire quelques exercices de dynamisation et de confiance avant le spectacle, mais il faut faire avec le temps imparti.

Les CM2 puis les 6eme font une présentation et c’est notre tour ! Une élève présente la scène, ils jouent la première scène, les rires fusent. Ils s’adaptent bien, je suis le texte et ce n’est pas toujours exactement le texte, je me demande comment faire pour les aider s’il y a un trou de mémoire. Mais ils s’en sortent bien, se rattrapent aux branches et les autres s’adaptent. Je suis fière d’eux. Ils ne se laissent pas impressionner. Ils jouent avec des masques chirurgicaux, alors il est vrai que le niveau sonore et l’articulation n’est pas toujours parfaite, mais dans ces conditions c’est presque un exploit ! Il y a des révélations : les plus timides vont jusqu’au bout, les plus extravertis donnent le meilleur d’eux-mêmes. Je sens qu’ils sont heureux d’être sur scène, d’arriver à un résultat satisfaisant tous ensemble. Quelle joie !

La deuxième scène se déroule aussi sans encombre. Les placements et déplacement sont encore à travailler car il arrive qu’ils cachent un peu certains mais dans l’ensemble, ils ne se sont pas décontenancés à cause des rires et ont bien eu conscience de la différence entre moqueries et rires de plaisir, d’amusement. Surtout, ils se sont serré les coudes, le groupe est bien là, la victoire est celle du groupe. Salut final, ils sont heureux.

Je les félicite un par un pour leur travail, leur concentration et leur esprit de groupe. Et le plus beau cadeau pour moi est de voir leur mine réjouie et leur demande : « Madame, après on fait quoi comme spectacle ? » Le premier est à peine fini qu’ils en redemandent !

Nous sommes prêts pour attaquer la deuxième partie de l’année et monter une pièce un peu plus ambitieuse !

A bientôt pour de nouvelles aventures !